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Division du travail et rôles des femmes préhistoriques 2/2

Longtemps les préhistoriens ont ignoré la présence et l'importance du rôle des femmes de la préhistoire, le plus souvent présentées comme des reproductrices soumises aux moindres volontés des mâles. Mais depuis quelques années, les recherches et les pistes de réflexion tendent de plus en plus à révéler des rôles essentiels à la survie du groupe.

Par Lisa Seltzer
Division du travail et rôles des femmes préhistoriques 2/2
Musée de la préhistoire de Tautavel.


Femme collectrice, femme guérisseuse, femme artiste, le rôle des femmes de la préhistoire dans la survie et l'évolution de l'espèce humaine.

Il existe des indices archéologiques de l'activité des femmes préhistoriques, révélés entre autres par l’expérimentation scientifique, une méthode consistant à essayer de reproduire des objets, par exemple des silex, afin d’en retrouver la chaîne opératoire (quels coups porter, quels angles etc.) L’expérimentation prouve ainsi que la plupart des outils de pierre taillée ont probablement été fabriqués par des femmes, même s’il est encore difficile d’en déterminer avec précision les différents contextes. D’autre part, on a parfois remarqué à côté d'industries lithiques d'objets massifs (biface), la présence systématique d'industries plus fines travaillées sur éclats. Par exemple, sur les sols d’habitats se trouvaient des objets à priori insignifiants, assimilés à des chutes ou des rebuts, mais la tracéologie (étude des traces d’utilisation) indique qu’ils ont également pu être utilisés ou fabriqués par les femmes. Enfin, l’existence du tissage de fibres végétales, de la fabrication de cordes et de paniers est attestée dès le Paléolithique supérieur. Non seulement il existe tout un pan de l’activité féminine assigné à la cueillette, mais également aux travaux de tissage, de vannerie, de fabrication des cordes qui encore de nos jours dans la plupart des sociétés traditionnelles, sont dévolus aux femmes.

La « femme collectrice ».

Dans les années 1970, les féministes américaines ont remis en question le modèle darwinien de « l’homme chasseur », intelligent, habile, tout-puissant, organisant la traque et le partage de l’animal dont il échangerait ensuite la viande avec la femme restée au fond de la grotte, contre des faveurs sexuelles. Elles lui substitueront alors celui de la « femme collectrice » (Sally Slocum, 1971), dont le rôle est plus important. Car s'il est essentiel de repenser le rôle des femmes, c'est parce que la chasse ne peut avoir été le seul moteur de la genèse humaine, la chasse au gros gibier n’étant apparue qu’au Paléolithique supérieur. Jusqu’alors, la cueillette et les diverses collectes fournissant baies, fruits, insectes, larves, tubercules, constituaient avec la pratique du charognage, l’essentiel de l’alimentation. Car avant que l’homme ne devienne chasseur, il consommait la viande d’animaux tués par d’autres prédateurs, une pratique également à la portée des femmes et des individus jeunes ou âgés.


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