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Féminisme et BDSM

Article revu et augmenté. Le grand écart idéologique entre féminisme et soumission BDSM, peut-il vraiment disparaître derrière le poncif de la-soumission-qui-est-en-réalité-la-domination et la-domination-qui-est-en-réalité-la-soumission, des arguments tels que "Ma liberté mon choix" ou encore "Pour moi ce n'est pas contradictoire puisque c'est choisi et non subi." ?

Par Lisa Seltzer
Féminisme et BDSM

Le BDSM des féministes : le débat reste ouvert.

La soumission BDSM féminine hétérosexuelle implique le consentement d'une femme soumise à diverses situations d'humiliation, d'obéissance, d'abandon total de sa volonté propre au dominant de son choix. Pourtant, nombre de soumises se proclament féministes et si plusieurs ne voient aucune antinomie entre leurs pratiques sexuelles et leurs convictions féministes, dans les faits, elles jouissent bel et bien volontairement et au sens propre, d'un rapport d'infériorité établi avec leur "mâle dominant". Mais tout serait affaire de contexte, de théatralisation, de consentement. Cette femme moderne, indépendante, sexuellement libérée, recrée pourtant dans les scenarii BDSM, ces entraves dont, à force d’engagement et de combats, elle a fini par se libérer, tout au moins pour partie. Il y aurait-il quelque chose de plus à comprendre de ces pulsions sexuelles semblant vouloir confronter les femmes à leur propre contradiction ? Car ainsi qu’en témoigne une soumise sur un site BDSM, "Toutes les pratiques (que je connais) dans le bdsm sont la représentation exacte dans la sphère érotique de ce que nous (les féministes) combattons dans la sphère sociale."

La "séparation des pouvoirs".

L'argument de la séparation des sphères sociale et intime pose la question - ou du moins le devrait-elle - d'un possible déni de conscience chez ces féministes qui pensent leur soumission comme une marque d'émancipation, d'un "empowerment" pour reprendre un terme cher aux féministes queers. Outre le fait que cet avis n'est pas celui des féministes radicales ou universalistes, que vie sexuelle et vie sociale ne peuvent être totalement déconnectées, la position "soumise féministe hétéro" semble à première vue difficilement tenable hors champ d'une certaine forme de dissonance cognitive (1). Dans la sphère publique, elles sont féministes militantes, dans la sphère privée, elles jouissent intellectuellement et physiquement d'être sexuellement soumises à un homme dominant. 

Pouvoir ou illusions de contrôle ?

Dans le cadre des sexualités BDSM, le féminisme queer fournit le matériau essentiel à la construction argumentaire de ce pont : la réappropriation par les femmes de la condition de femme soumise. Le même principe anime d’autres empoignes inter-féministes autour de la prostitution et de la [...]

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