Furie anti-masturbation des XVIIIème et XIXème siècles (1/3)
La masturbation ou "péché d'impureté", maintes fois mentionné dans la Bible, est un acte sévèrement condamné et réprimé par l'Église entre les XVIIIème et XXème siècles. La médecine lui emboîtera ensuite le pas, ajoutant à la notion de péché mortel celle d’altération irrémédiable de la santé. Conjointement, religieux et médecins rivaliseront d’imagination pour dissuader les onanistes de tout bord.

Le principe de vie, privilège multiséculaire de la semence masculine.
Nous sommes en 458 avant J.C, Eschyle fait jouer Les Euménides, la pièce conclusive de sa trilogie dramatique L’Orestie, centrée sur le procès d’Oreste. Accusé d’avoir tué sa mère Clytemnestre, Oreste est poursuivi par les Erinyes, implacables déesses qui punissent ceux qui trucident une personne de leur sang. Se pourrait-il que celui qui a commis un matricide échappe à leur châtiment ? La controverse s’engage autour de cette question essentielle entre les Erinyes d’un côté et Apollon assisté d'Athéna d’un autre. Parlant au nom de Zeus, le dieu de la lumière et de la vérité déclare : « Ce n’est pas la mère qui enfante celui qu’on nomme son enfant. Elle n’est que la nourrice du germe en elle semé. Celui qui enfante, c’est l’homme qui la féconde. » Il rappelle qu’Athéna elle-même, née de Zeus, est une déesse sans mère. Enfants et mères ne sont donc pas du même sang ! À l’issue du débat, Oreste est acquitté. Mais là n’est pas le plus important. Car en filigrane de ce procès se joue une bataille idéologique opposant les tenants des croyances traditionnelles et les adeptes du pangénétisme, une nouvelle théorie affirmant que la procréation est le résultat de l'association parfaite des semences féminine et masculine. Cette vision de la génération qui donne au féminin un rôle prépondérant défie la suprématie masculine et le mythe phallocrate qui veut, comme le réaffirmera Aristote un siècle plus tard, que le sperme soit l’élément actif, le moteur, qu’il ait en puissance la vie et l’âme qui donne la vie.

Les Erinyes.
On ne peut douter que l’humanité ait pendant des millénaires appréhendé la procréation comme un profond mystère. Reconnaissons que le rapport de cause à effet, entre l'instant du coït et les premières manifestations de la grossesse, n'était pas évident à établir. On peut envisager que les premières conjectures aient conféré aux femmes le pouvoir surnaturel d’engendrer une descendance. C’est l’hypothèse qu’a indirectement défendu l’archéologue Marija Gimbutas au travers de son concept de « culture préhistorique de la Déesse » qui se serait développée du paléolithique supérieur jusqu’au mésolithique. Toutefois après ces milliers d’années d'évidente vénération des Déesses Mères, il apparaît qu’une nouvelle voie de compréhension de la procréation se soit imposée.
Toujours selon Marija Gimbutas la période du Mésolithique voit l’érosion progressive du culte de la Déesse, disparition qu’elle associe à l’émergence de la culture phallocrate et patriarcale des Kourganes, des cavaliers combattants ayant précocement domestiqué le cheval. Ces guerriers partant à la conquête de nouveaux territoires, sans doute absents de leur clan sur de longues périodes, auraient-ils [...]
