Il n'y a rien de divin chez le petit marquis (1/9)
L'histoire de Sade est celle d'une incroyable escroquerie intellectuelle. Pourtant le 20ème a mis le marquis sur un pied d'estale, le portant aux nues et l'intronisant grand maître de la liberté de dire et de penser.

Un aristocrate oisif sans foi ni loi.
Figure incontournable de la « littérature » pornographique, le marquis de Sade soulève toujours autant de questions quant à la portée de ses écrits et le sens qu’il faut y donner. Quoiqu’il en soit, difficile de prétendre aimer Sade, accessoirement parce que son style ne soulève pas l’enthousiasme, mais surtout parce que la lecture de ses « œuvres » se révèle aussi fastidieuse que nauséabonde. Étrangement, jamais un écrivain n’aura autant fait couler d’encre, autant suscité de controverses et de spéculations, autant alimenté le dégoût et la réprobation, qu’inversement l’admiration et la fascination. Un paradoxe pour celui qui dans son testament souhaitait que les traces de sa tombe disparaissent de dessus la surface de la terre et que sa mémoire s’efface de l’esprit des hommes.
Alors que son entreprise d'anéantissement des valeurs humaines aurait dû disparaitre avec lui, le 20ème siècle, par la voix d’Apollinaire proclamant que « cet homme, qui parut ne compter pour rien durant tout le 19ème siècle, pourrait bien dominer le 20ème », puis celles de Maurice Heine, Georges Bataille, et des surréalistes guidés par André Breton, lui donnera un éclairage médiatique sans précédent. La psychiatrie inscrira son nom dans le marbre en nommant « sadisme » la perversion sexuelle qui associe cruauté et jouissance. En 1989, la célèbre collection La Pléiade l’accueillera en son sein parachevant d’en faire un auteur [...]
