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Jalousie ou compersion ?

Pour nombre de penseurs des relations intimes, la jalousie fait partie intégrante des jeux de séduction, elle est un ressort de la dynamique érotique, une marque d’affection et d’intérêt portée au partenaire.

Par Eric Royer
Jalousie ou compersion ?

Dompter la jalousie, est-ce possible ou même souhaitable ?

Au sens commun, la jalousie est l’émotion ressentie à l’épreuve d’une menace potentielle qu’un tiers fait peser sur la relation, soit par l’attention trop ostensible qu’il porte à la personne aimée, soit par l’intérêt trop évident qu’il suscite chez elle. Preuve d’amour ou sentiment détestable, la jalousie dépasse la simple peur de la perte pour s’inscrire dans le cadre plus large de l’injustice. Parce que l’amour romantique se devrait d’être exclusif, se construit la certitude que l’être cher nous appartient et sa dépossession par un rival est perçue comme un préjudice aussi bien moral que matériel. Mais y-a-t-il quelque chose de foncièrement malsain dans la volonté de préserver l’affection de l’être chéri ? Inversement, l’absence de jalousie ne rime-t-elle pas avec indifférence ? 

Pour nombre de penseurs des relations intimes, la jalousie fait partie intégrante des jeux de séduction, elle est un ressort de la dynamique érotique, une marque d’affection et d’intérêt portée au partenaire. Cependant si des épisodes occasionnels et tempérés de jalousie peuvent effectivement témoigner d’un amour véritable et produire quelques effets bénéfiques, il ne serait pas approprié de la cultiver comme un trait de caractère. Nous le savons tous, la plupart des crises de jalousie sont explosives, paralysent la réflexion, génèrent des comportements pathétiques, irrationnels, des agressions verbales et physiques montant crescendo dans une atmosphère de violence exacerbée.

Bien que l’évidence pousse à reconnaître que la jalousie est rarement vertueuse, certains la pensent en termes de qualité. Il en est ainsi du philosophe Kristjan Kristjansson qui dans « Virtuous Emotions » affirme qu’un déficit de jalousie est le signe d’un manque d’assurance et d’estime de soi, la marque d’un esprit qui présente un caractère de soumission excessive, une absence de sensibilité à l’injustice, le symbole d’une faillite morale ! Rien que ça. La jalousie serait donc une qualité de caractère et sa manifestation acceptable dans la mesure où elle serait justifiée. C’est un point de vue.

Le modèle monogame entre idéal et utopie. 

Notre conception idéalisée de la relation romantique basée sur la monogamie, la fidélité absolue et l’idée que les partenaires s’appartiennent mutuellement est indéniablement génératrice d’un conflit entre le réel et le fantasmé. Conséquemment, la moindre incartade, avérée ou présumée, en perturbant la représentation utopique de l'union, exaltera la peur abandonnique et le sentiment de vulnérabilité, deux poisons qui empêcheront le développement harmonieux de la relation intime, instillant le doute et la méfiance là où le plus souvent ils n'ont pas lieu d'être. Ce constat est à la base d’une autre approche des relations amoureuses, non monogames, où les partenaires se félicitent de leur liberté de rencontres « extra-conjugales » à con [...]

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