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Joan Semmel plasticienne avant tout

Féministe assumée et engagée, Joan Semmel est surtout une artiste aussi talentueuse, inspirée que novatrice.

Par Eric Royer
Joan Semmel plasticienne avant tout

De l'expressionisme abstrait au figuratif politique.

Jusqu’aux années 70 les plasticiennes ont rarement eu l’opportunité de vivre de leur art, sauf à produire ce que l’on attendait d’elles à savoir des œuvres « bien comme il faut ». Trouver des galeristes acceptant d’exposer leurs réalisations relevait généralement de la gageure et plus encore lorsqu’elles empiétaient sur les territoires réservés aux hommes : l’avant-garde et la sexualité. Toutefois au début des mêmes années l’émergence de la réflexion féministe sur l’invisibilisation des femmes écrivaines, intellectuelles, philosophes, historiennes, sociologues ou artistes, va bousculer les conventions. À New-York, notamment, les jeunes artistes de se fédèreront, s’inviteront dans leurs ateliers respectifs et s’organiseront pour monter des expositions collectives. 

C’est à cette époque, après plusieurs années passées en Espagne, que Joan Semmel revient à New-York. Elle est à un carrefour de sa pensée plastique. L’abstraction qui était son terrain de prédilection, devenue une autre forme d’académisme, est challengée par le retour de l’art figuratif, un mode d’expression qui lui semble plus en adéquation avec l’air du temps et ses aspirations profondes. Mais son dessein n’est pas de peindre des natures mortes, des paysages idylliques ou faire des portraits bien léchés. En quittant l’Espagne franquiste elle pense qu’elle trouvera dans l’effervescence libertaire de la révolution sexuelle new-yorkaise des sources d’inspiration. Ce sera le cas, mais pas dans le sens où elle l’avait imaginé. Car la libération sexuell [...]

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