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Le Kamasutra ou les aphorismes du désir.

Par Eric Royer
Le Kamasutra ou les aphorismes du désir.

Kamasutra, un manuscrit très ancien et très mal compris.

Le Kamasutra ou Kâma-Sûtra, qui n’en a jamais entendu parler ? Dans l’esprit des Occidentaux - et comme pour le tantrisme - il est fantasme d’un érotisme oriental porteur de toutes les satisfactions sexuelles. Cependant, peu de ses nombreux laudateurs en connaissent les véritables enjeux et continuent à l’assimiler à un recueil de positions coïtales plus ou moins acrobatiques. Le Kamasutra, littéralement « Les aphorismes du désir », est en réalité un ouvrage contenant quantité d’informations relatives à l’économie de la vie privée, un condensé de savoir, un traité d’enseignement quasi scientifique, destiné à régler et harmoniser les différents niveaux de relation entre une femme et un homme. La partie directement dévolue à la pratique sexuelle, les fameuses 64 positions, ne représente que la portion congrue de ce livre plus largement destiné à donner les clés de l’accession à Kâma, un des quatre principaux objectifs que doit atteindre tout être humain, assimilable à la sublimation de l’amour, du désir, de la passion et du plaisir sexuel. La notion « d’aphorismes du désir » et la conception globalisée de la vie intime, permettent de comprendre que dans l’esprit du Kamasutra la sexualité pour s’épanouir ne nécessite pas tant la connaissance et la maîtrise de techniques sexuelles qu’une intelligente et spirituelle complicité entre les amants. 


Rédigé en sanskrit par le supposé brahmane Vâtsyâyana aux alentours du 4ème siècle de notre ère, le Kamasutra ne saurait être abordé correctement sans que référence soit faite à l’une des plus anciennes philosophies orientales, l’hindouisme. Constituée de quatre piliers fondamentaux, la philosophie hindouiste offre à chaque être humain les outils indispensables pour atteindre le but ultime, Moksha : la délivrance de la mort, de la vie et le détachement de soi. Pour accéder à cet objectif suprême, l’hindouisme définit un parcours, en trois phases distinctes, censé rendre hommage aux trois piliers fondateurs de la vie : Dharma ou l’art de se forger une morale et une éthique, Artha ou l’art de la réussite professionnelle et matérielle et Kâma ou l’art de la vie amoureuse. La triade Dharma-Artha-Kâma est souvent hiérarchisée suivant l’ordre canonique qui veut que Dharma soit supérieur à Artha lequel l’est à Kâma. Vâtsyâyana fait remarquer que le Kamasutra respecte la hiérarchie traditionnelle hindouiste. Toutefois, de nombreuses subtilités peuvent désorganiser l’enchaînement, Dharma, Artha et Kâma, dans des processus fidèles à l’esprit indien d’une recherche constante de la complexité. Finalement, il faut surtout retenir que c’est la triade entière qui conduit au bien-être.  

Le Kamasutra se propose de traiter du troisième de ces piliers, Kâma, dernier et essentiel palier à franchir avant de pouvoir prétendre au Moksha. Comme tous les grands ouvrages hindous, le Kamasutra s’adresse aux élèves brahmanes ainsi qu’à une élite intellectuelle, érudite, aisée et bien éduquée. Bien que le plaisir sexuel tienne une place importante dans le livre, l’hédonisme n’est pas son propos et si la notion de plaisir y est présente, elle doit être entendue comme une libération sexuelle pour les hommes et les femmes dans le pur respect d’un cadre social et spirituel strict. Toutefois, Vâtsyâyana met en garde les lecteurs : « Connaître la science du plaisir n’équivaut pas à la mettre en pratique. »

Les sept enseignements de l'art d'aimer. 

Le Kamasutra se divise en sept parties contenant chacune plusieurs chapitres, trente-six au total. 

  • Sâdhârana ou méditations qui comprend l’enseignement sur l’amour, les arts et les sciences, la vie sociale.
  • Sâmproyogika ou l’art de faire l’amour, qui aborde les thèmes de l’étreinte, des baisers, des griffures et morsures, des positions sexuelles, de l’inversion des rôles, des coups et soupirs, des plaisirs oraux, des préludes et conclusion des jeux d’amour et enfin des querelles amoureuses.
  • Kanyâ Samprayuktaka ou l’art de faire la cour et le mariage, orienté sur le choix de l’épouse, l’art de faire la cour et le mariage d’amour.
  • Bharyadhikarika ou la conduite de l’épouse, qui traite de la gestion du foyer, de la politique du harem et des épouses royales.
  • Paradarika ou l’art de séduire la femme d’autrui, dédiée à la séduction de la femme, l’amour illicite, aux sentiments féminins, à l’entremetteur, aux épouses de subordonnés et l’investissement du harem.
  • Vaishika ou l’art de vivre avec une courtisane.
  • Aupanishadika ou l’art d’utiliser les aphrodisiaques et les charmes.

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