Osphères
EmotionnellePratiques & Fantasmes

Shibari et kinbaku, l'art des cordes

En Occident le shibari est souvent associé aux pratiques sexuelles, alors que l’encordage à visée purement érotique se nomme, aux dires des érudits : kinbaku.

Par Eric Royer
Shibari et kinbaku, l'art des cordes

Les cordes et le Japon : une esthétique de la complexité.

Entre subtilités sémantiques et interprétations occidentales de concepts japonais toujours aussi difficiles à cerner il n’est pas simple de différencier shibari et kinbaku. Une seule certitude, ils sont les héritiers d’une tradition millénaire d’utilisation de la corde, une véritable culture du ligotage qui s’exprime aussi bien :

  • dans le pragmatique de la vie quotidienne, emballage et transport des denrées alimentaires, tenues vestimentaires (kimonos) ;
  • que dans la symbolique de la vie spirituelle où la corde sacrée, le shimenawa, sert à délimiter l’aire de pureté d’un sanctuaire shinto ;
  • que dans la vie guerrière où les cordes furent utilisées pendant des siècles comme outils de contention et de torture des prisonniers. 

Le terme shibari, qui renvoie aux verbes ficeler, attacher, nouer, s’applique à toutes les techniques d’encordage incorporant des critères esthétiques. L’ensemble des spécialistes de la culture japonaise s’accordent pour dire que le shibari n’est pas stricto sensu synonyme d’art érotique. Un shibariste exprime aussi bien son talent sur un corps, que sur un arbre ou tout autre élément qui l’inspirerait, son but étant de révéler au travers de complexes motifs et nœuds la nature profonde des choses et des êtres, de montrer leur indicible beauté.



En Occident le shibari est souvent associé aux pratiques sexuelles, alors que l’encordage à visée purement érotique se nomme, aux dires des érudits : kinbaku. Le kinbaku, dont l'origine se trouve dans l'histoire guerrière du Japon, est donc l’interprétation exclusivement érotique du shibari.

Le hojo-jutsu.

Au cours de la période du Sengoku (1467-1603), marquée par des conflits militaires quasi-constants entre provinces rivales, les samouraïs inventent des procédés d’immobilisation rapide de leurs prisonniers par le biais d'une simple corde. D'une redoutable efficacité, leurs méthodes se répandent et s’affinent pour devenir un art martial à part entière : hojo-jutsu. Durant l’ère Edo (1603-1868), l’hojo-jutsu ne cesse de se perfectionner, les samouraïs et autres forces de police n’utilisant plus une, mais deux cordes : une courte, dite rapide, hayanawa, et une longue, honnawa, utilisée à postériori de l’arrestation pour renforcer la contention. Les systèmes d’entraves se complexifient jusqu'à revêtir une fonction d’identification du type, du contexte, de la gravité du crime commis et de la nature du criminel. Parallèlement,  l'hojo-jutsu s'agrémente d'une spécialisation, le zainin shibari, ou le shibari des coupables, la corde devient un outil de châtiment, de torture et de mise à mort.


Différentes techniques de contention des prisonniers.

La torture ou gomon, prenait essentiellement deux formes, l’ebizeme et le tsurizeme. La première, ou supplice de la crevette, consistait à ligoter les bras du prisonnier derrière son dos, réunir ses jambes au niveau des chevilles, puis à contraindre le haut de son corps à toucher les cuisses. Dans cette position le supplicié devenait rapidement rouge crevette, puis violet, puis bleu. La seconde, à base de suspension, était pratiquée en générale à la suite de la première. On attachait les poignets du criminel dans le dos et on le suspendait ainsi des heures durant, les articulations des épaules finissant par sortir de leur loge naturelle. 


La torture ebizeme

[...]

Contenu réservé aux membres

Il vous reste environ 80% de l'article à découvrir