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Tantrisme, le malentendu

Par Eric Royer
Tantrisme, le malentendu

Illustration d'un texte tantrique au musée Patan


Le tantrisme, une spiritualité de la sexualité.

Depuis quelques années le tantrisme, terme inventé par les orientalistes européens, fait la une de nombreux magazines, principalement féminins. Massage tantrique, conseils pour se mettre au tantrisme, invitation à une sexualité sacrée, atteindre l’orgasme tantrique, relaxation tantrique, titrent de nombreux articles censés ouvrir nos esprits sur des pratiques sensuelles et sexuelles d’un autre monde. En quelques lignes, on nous explique comment procéder pour faire l’amour tantriquement car aujourd’hui, le summum orgasmique serait tantrique ou ne serait pas. Avec la même désinvolture qui a réduit les représentations du kamasutra à une série de positions acrobatiques, les promoteurs du tantrisme n’hésitent pas dénaturer une philosophie de vie complexe en la réduisant à sa portion congrue. 

Définir le tantrisme.

Tout d'abord, nous devons nous accorder sur le fait que le tantrisme est difficile à comprendre pour un Occidental. Les différents essais produits par autant d’auteurs et spécialistes des philosophies de l’Inde, montrent à quel point l’interprétation du tantrisme paraît échapper à notre logique empreinte de rationalisme. C’est donc avec beaucoup d’humilité que nous essaierons de synthétiser les grands principes de cette démarche spirituelle, principes sur lesquels l’ensemble des érudits de l’histoire indienne semblent s’accorder. 

Ensuite, il faut aborder le tantrisme non sous la forme d’une religion à proprement parler, mais d'un phénomène religieux multiforme se référant à un ensemble de textes spirituels nommés tantras (formulés en sanskrit et centrés sur les dieux hindous Shiva et Vishnou, leur rédaction remonte aux années 700-800 de notre ère). Les concepts tantriques, doctrines et pratiques, ont imprégné les différentes religions indiennes, l’hindouisme, le bouddhisme, le jaïnisme, dont ils ont colorés, au moins pour partie, l’aspect rituel et technique. Le tantrisme se distingue par un panthéon débordant, des pratiques yogistes particulières et un rituel proliférant. L’enseignement du tantrisme, par le biais d’un guru, se nomme tantrasastra, les enseignés et les pratiques sont désignés par le terme tantrika. L’objectif du tantrisme vise l’acquisition de pouvoirs surnaturels et l'état de libération en vie (de son vivant).


Les pratiques mentales, spirituelles, corporelles ainsi que les adorations de divinités n’ont d’autre but que de permettre à l’homme d’échapper à la ronde des renaissances, le saṃsāra(1) , aux limitations de l’existence humaine et de se libérer du monde tout en le dominant. Le tantrisme enseigne les méthodes initiatiques et magiques par lesquelles l’homme peut entrer en relation avec la nature secrète des choses, avec l’invisible, le monde mystérieux des esprits et des dieux. La pratique tantrique agissante et efficace, sàdhana, se doit d’impliquer l’homme, corps et esprit, dans l’acte qu’il accomplit. La première étape de toute pratique tantrique vécue est l’initiation, dîkshâ. Elle est dispensée par un guru, qui avant toute chose remet à l'adepte le mantra qu'il devra maîtriser au terme de sa longue et complexe ascèse. Le mantra est un instrument de pensée dépourvu de sens apparent car composé dans une forme purement phonique. Il ne suffit pas d’énoncer le mantra, il faut aussi le comprendre, trouver le sens dans le son et là réside toute la subtilité de l'initiation tantrique. Au terme de son parcours, l’adepte devient un tantrika accompli, un être exceptionnel doué de pouvoirs surnaturels, semi-divin, un siddha. Tout en étant initiatique et ésotérique, la tradition tantrique se considère mieux adaptée aux besoins des hommes que les autres formes religieuses indiennes car elle donne un rôle essentiel aux désirs et pulsions vitales. Elle se veut ouverte à tous.

La recherche d’un niveau de conscience supérieur.

Le tantrisme est un mode d’accession à un niveau de conscience élevé par le biais de pratiques et rituels hautement codifiés dont certains ont un aspect charnel, mais en aucun cas le tantrisme ne saurait être réduit à la quête du plaisir sexuel comme le laissent entendre quelques tenants des religiosités new-âge. La sexualité tantrique est une voie de maîtrise ouvrant à une transcendance de l’homme. Les pratiques sexuelles tantriques sont complexes et soumises à un rituel exigeant, elles n’ont rien à voir avec de simples ébats amo [...]

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