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Désir féminin, plaisir et libido, entre secrets et malentendus

Des chercheurs du monde entier tentent de percer le secret de la libido dont les commandes se logent dans le cerveau. Car pour les couples de longue date, le feu de la passion finit souvent par s’éteindre. S'agit-il d'une évolution inéluctable, d'un problème d’ordre pathologique ou plus simplement, d'une mauvaise compréhension des mécanismes du désir féminin ?

Par Lisa Seltzer
Désir féminin, plaisir et libido, entre secrets et malentendus

Nous vivons dans une société où nous devons nous justifier de ne pas avoir de désir sexuel et c’est particulièrement vrai pour les femmes.

L’industrie pharmaceutique a mis au point un médicament capable de doper la libido féminine avec à la clé, de juteux profits : le viagra pour femme. Depuis toujours, les femmes passent pour des êtres sans désir, un mythe battu en brèche par des découvertes scientifiques récentes. En effet, le désir féminin met en jeu beaucoup plus d’éléments que la science a bien voulu le croire jusqu’à présent, comme le fait que les femmes ont une libido aussi importante que les hommes mais que celle-ci s’exprime différemment. Notre vie est guidée par la satisfaction de besoins primaires ; manger, boire, dormir, aimer, être aimé, avoir des relations sexuelles, se reproduire, autant de besoins physiologiques que partagent les deux sexes, mais leur désir sexuel en revanche, prend des voies différentes.

L’impact de l’environnement sur le désir féminin.

Les femmes, dit-on, sont en quête d’une relation stable alors que les hommes seraient moins enclins à la monogamie. A l’institut de sexologie de l’université de Kiel en Allemagne, on a étudié le désir féminin à l’aide d’un ordinateur et d’une sonde vaginale introduite dans le premier tiers du vagin. L’étude consistait en la présentation d’images sexuelles pendant que la sonde enregistrait les changements de couleur induits par des pulsations vaginales dont la transmission permettait de calculer l’excitation génitale subjective.

L’expérience devait déterminer l’influence de l’environnement sur le désir et l’excitation des femmes. La volontaire devait évaluer des images à connotation sexuelle associées à des scènes du quotidien en indiquant son degré subjectif d’excitation ressentie. Au démarrage d’une nouvelle série, défilaient des « images de contrôle », une dizaine de photos représentant la nature ou des scènes du quotidien qui apparaissaient toutes les secondes pour passer ensuite aux stimuli sexuels. Pendant ce temps, la jeune femme avait pour tâche d’évaluer l’excitation sexuelle ressentie sur une échelle proposée sur l’ordinateur sous la forme d’un curseur. L’apparition d’images de comparaison était aléatoire, mais l’on a remarqué que lorsque défilait une série d’images représentant des bras avec une peau saine suivie d’une image érotique, la réaction sexuelle de la jeune femme était élevée. À contrario, après avoir visionné des images repoussantes d’affection de la peau, le curseur de sa réaction sexuelle était au plus bas. Cette expérience visait à déterminer l’affluence des zones cérébrales sexuellement inhibitrices sur la réaction sexuelle. Elle révéla que le désir ressenti par les femmes dépendait fortement du contexte et qu’il était nettement plus fragile que son pendant masculin, mais qu’une fois libéré, il se révélait être d’une grande puissance.

Selon les données médicales, 4 femmes sur 10 souffriraient d’un trouble du désir.

Certains hommes seraient sans doute soulagés d’apprendre que derrière le désintérêt érotique de leur partenaire se cache une pathologie avérée et que leurs compétences d’amants ne sont pas en cause. Pourtant, on sait aujourd’hui que 95% des femmes sont en mesure de parvenir seules à un orgasme. Autrement dit, avec la masturbation, il n’y a pas de troubles du désir ou du plaisir, tout fonctionne très bien. Pourquoi n’ont-elles aucun problème à atteindre un orgasme seules, alors qu’avec un partenaire masculin c’est plus difficile ? La réponse se trouve dans le manque de motivation du partenaire masculin qui est en grande partie responsable du trouble de la femme.

Il y a une vingtaine d’années, l’industrie pharmaceutique a financé une vaste campagne afin que l’absence de désir féminin soit reconnue comme une maladie. C’est ainsi que fut proclamé un peu partout et écrit dans des revues spécialisées que 41% des femmes aux États Unis souffraient d’une dysfonction sexuelle féminine. La médecine avait alors tout intérêt à estampiller la femme comme un être sans désir, voire frigide, si elle voulait ensuite lui vendre son remède miracle. Et le prétendu miracle vint des Pays-Bas, mis au point par un biochimiste néerlandais docteur en psychopharmacie, Adriaan tuiten, qui associa la testostérone à un second principe actif, le sildénafil (Viagra®) agissant directement sur le cerveau de la femme. Pour mener à bien ses travaux, le biochimis [...]

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