Osphères
FonctionnellePsycho

Hauts potentiels adultes, amour et sexualité.

Le concept de Haut Potentiel ne fait pas l'unanimité dans les milieux psys, certains y voyant un effet de mode, d'autres en contestant la validité scientifique. Le QI est-il l'unique base sur laquelle fonder un diagnostic ? Le QE est-il réellement mesurable ? L'hyper-empathie est-elle un mythe ou une réalité ?

Par Lisa Seltzer
Hauts potentiels adultes, amour et sexualité.

Statue de zèbre par Bart Somers. Peinture corporelle par Marianne Parie. Photographie Monique Hebly.


Le couple, l'amour et la sexualité chez les Hauts potentiels adultes. 

On les appelle hauts potentiels (HP), surdoués, philo-cognitifs, surefficients, hyper-fonctionnants, ou plus familièrement « zèbres », avec quelques subtilités de différences. Quel rapport ont ces profils atypiques au couple, à l’amour et la sexualité ?

Principales caractéristiques des Hauts Potentiels.

Autrefois appelés « surdoués », les Hauts Potentiels Intellectuels (HPI) ont fait l’objet de plusieurs études, notamment ces dernières années. Longtemps exclus de la psychologie clinique, les adultes à haut potentiel sont désormais mieux compris, et leurs spécificités de fonctionnement mieux connues. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’un Haut potentiel n’est pas nécessairement doté d’une intelligence quantitativement supérieure à la normale, de même qu’une personne ayant un QI de plus de 130 n’est pas forcément un individu à haut potentiel. La particularité d’une personnalité atypique se trouve dans la complexité et les modes d’activation cérébrale qui sont qualitativement différents. Il s’agit donc d’une autre forme d’intelligence dont les neurosciences confirment aujourd’hui les spécificités neuronales en termes d'architecture cognitive sur les plans structurels comme fonctionnels. Les capacités d’analyse, de compréhension d'un Haut potentiel comme sa perception sensorielle sont significativement différentes et se démarquent de la norme, particularités qui rendent parfois difficile son adaptation à l’environnement.

Il existe une grande quantité de caractéristiques et traits de personnalité permettant d’identifier une personnalité atypique. Cette liste, non exhaustive, rassemble les plus couramment observés.

  • Une hypersensibilité et une susceptibilité extrême. Un HP peut avoir « la larme facile » et inextinguible, par exemple lors de funérailles alors même qu’il ne connaissait pas le défunt intimement.
  • Une empathie et un altruisme très développés : certains Haut potentiels ressentent intimement le besoin d’aider leur prochain, et s’orienteront vers des professions médicales ou s’investiront dans des structures associatives.
  • Une hyperstimulabilité (réaction plus élevée aux stimuli). Caractéristique proche de l’hypersensibilité.
  • Une hyperesthésie : sensibilité exacerbée des 5 sens, parfois pathologique.
  • Un sens de l’humour généralement décalé et mal compris.
  • Une grande créativité et une imagination débordante : on parle alors de Hauts potentiels créatifs.
  • Une curiosité sans borne.
  • Une grande capacité d’observation de son environnement dans les plus petits détails comme dans sa globalité.
  • Des centres d’intérêts nombreux et disparates avec une grande facilité à switcher de l'un à l'autre.
  • Une capacité Polychronique et une grande polyvalence : exécute sans difficulté plusieurs tâches très diverses de façon simultanée.
  • Une capacité d’attention et de persévérance accrue lorsque l’intérêt est fort, et une incapacité à les maintenir dans le cas contraire.
  • Une intolérance à l’ennui, la monotonie. Une personne à haut potentiel ne peut s’épanouir dans l’exécution de tâches répétitives, elle a besoin de challenges, d’horizons nouveaux, dans la sphère professionnelle comme personnelle.
  • Une pensée « divergente » : le cerveau surefficient traite une information donnée en activant plusieurs zones simultanément au lieu d’une seule, spécialement dédiée à la tâche à effectuer.
  • Un perfectionnisme dans tout ce qu’il entreprend. La personnalité atypique est attentive au moindre détail et fait preuve d’un grand sens pratique.
  • Un idéalisme doublé d’une grande lucidité, d’abord dirigés vers lui-même, les autres et le monde qui l’entoure. Cet antagonisme est en partie responsable de son mal être, conscient qu’il ne pourra sans doute jamais atteindre ses idéaux.
  • Un manque d’estime de soi : le Haut potentiel a une forte tendance à l’auto-dévalorisation, il se trouve « nul » (syndrome de l’imposteur).
  • Une tendance aux comportements autodestructeurs (alcool, drogue, troubles alimentaires…) : le sentiment d’appartenir à un autre monde, l’impression de décalage induit parfois chez le HP un besoin d’échapper à la réalité qu’il subit.
  • Un goût prononcé pour l’art : la nature passionnée d’un Haut potentiel le pousse facilement vers l’expression artistique. Souvent autodidacte, musique, peinture, sculpture, écriture sont autant d’exutoires lui permettant de s’extraire du réel.

Identifier la douance.

On ne diagnostique pas un HP, la douance n’étant pas une pathologie, on l’identifie. Et même si la tentation peut être grande de s’auto identifier comme tel et donner ainsi un sens à sa souffrance, seul un psychologue ou psychiatre est habilité à procéder aux examens adéquats dont une épreuve de personnalité destinée à comprendre la dynamique émotionnelle et affective du patient, accompagnée d'un test psychométrique. Les tests de QI foisonnant sur le net ou les applications pour smartphones ne sont pas indiqués lorsqu’on est en recherche. Non seulement les résultats obtenus sont la plupart du temps fantaisistes et totalement en décalage avec les évaluations effectuées par un professionnel, mais ils peuvent en outre constituer un motif de déception et une source de stress supplémentaire chez le HP dont les résultats contrediraient les espoirs. D’autre part, ces tests basés presque exclusivement sur la logique mathématique, s’ils flattent l’ego de ceux qui les réussissent, ne prennent pas en compte l’autre forme d’intelligence particulièrement développée chez les Hauts potentiels : le Quotient Émotionnel (QE) ou intelligence émotionnelle. 

Cette intelligence émotionnelle, appelée également hypersensibilité, consiste en une capacité hors norme à percevoir « l’invisible ». Doués d’une forte intuition, les personnes atypiques cernent très facilement les gens, leurs intentions, leurs émotions. Probablement en lien avec leur forte empathie, cette forme d’hyper-lucidité leur permet de capter les différentes énergies qui les entourent, qu’elles émanent d’êtres vivants, de situations particulières ou de lieux.

Le surdoué et l’amour.

On aurait presque tendance à l’oublier, un Atypique est avant toute autre considération, un être humain. En ce sens, comme tout un chacun, il recherche simplement une personne qui lui convient, qui partage sa vision de la vie, du couple, de l’amour, de l’éducation des enfants et avec laquelle il puisse développer une sexualité épanouissante. En cela, les Hauts potentiels ne sont pas très différents. En revanche, ils sont dans une quête permanente d’absolu, de perfection, de nouveauté et d’intensité. Particulièrement intolérants à l’ennui, ils se lassent vite et ne peuvent en aucun cas se satisfaire d’une relation monotone et routinière. Être ensemble pour ne pas être seul est pour eux totalement exclus. Ils ont besoin d’être stimulés en permanence, surpris, gentiment bousculés. Friands d’expériences et d’émotions nouvelles, leur nature les porte vers toujours plus d’explorations sensorielles.

Hypersensibles, d’une rare intelligence relationnelle et finesse d’esprit, ils souffrent généralement d’une mauvaise estime d’eux-mêmes, d’un manque d’assurance et d’une grande vulnérabilité face aux critiques et blessures émotionnelles. La dichotomie de leur système de pensée, entre idéalisme et lucidité, complexifie leur rapport au couple et à l’amour. Très exigeants envers eux-mêmes et les autres, ils ont tendance à penser que leur recherche amoureuse relève de l’utopie et se résignent parfois à une vie de célibataire. D’autres ont développé, parfois très jeunes, une forme d’orientation (non) sexuelle : l’asexualité. Mais lorsque les couples se forment, c’est toujours sur la base d’une parfaite complicité. Dans sa relation amoureuse, le Haut potentiel donne tout… et prend tout.

Côté séduction, les HP sont particulièrement attirés par des personnes intelligentes et charismatiques. Un certain nombre se déclarent même sapiosexuels, l’intelligence étant pour eux le facteur principal qui détermine l’attirance sexuelle pour quelqu’un d’autre, quels que soient la beauté physique ou même le genre.

Douance et rapport au corps.

La relation qu'entretient le sujet haut potentiel à son corps reste peu étudiée, quant à sa sexualité, elle n'est pas questionnée. Il est pourtant souvent observé que le rapport du HP à son corps peut être distant, conflictuel. Compte-tenu de l'absence d'études en la matière, nous ne savons d'ailleurs pas dans quelle mesure certains cas diagnostiqués de dysmorphophobie ne seraient pas à corréler avec une personnalité atypique non identifiée.

S'agissant de la sexualité des HP, une enquête réalisée en 2017, en [...]

Contenu réservé aux membres

Il vous reste environ 80% de l'article à découvrir