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L'amour, pas une émotion ?

Par Lisa Seltzer
L'amour, pas une émotion ?

A la question : "Pour vous, qu’est-ce que l’amour ?",  que répondriez-vous ?

Pour la plupart d'entre nous, il s’agit d’une émotion, d’un sentiment profond et complexe, ce qui est également l’avis de la grande majorité des professionnels de la psychologie et de la psychanalyse. Nous regroupons sous le vocable d’amour des sentiments pourtant très différents qui nous lient à notre conjoint, nos enfants, nos amis, notre animal de compagnie ou le dieu auquel nous croyons. Nous nous disons volontiers amoureux de l’art, de la musique, de la nature, et tous ces sentiments qui nous animent nous font trouver le monde plus beau. L'amour romantique est l'une des expressions les plus intenses de l'amour. Et si l’amour était en fait une pulsion physiologique et non une fonction mentale émotionnelle ? Cette question pouvant paraître étrange devient pertinente si l’on considère les travaux de nombreux chercheurs, principalement des psychologues, ayant mis en évidence les caractéristiques impulsives et motivantes de l’amour, similaires à celles de certains comportements addictifs (drogue, alcool, etc.) et requérant parfois des méthodes de sevrage similaires.

Si l’on part du principe que l’amour n’est pas une émotion, il n’en demeure pas moins une fonction mentale complexe qui interagit avec d'autres comme la mémoire, l'attention, la perception sensorielle et le raisonnement, il a même été démontré qu'il affectait la santé. 

Aujourd'hui, nous commençons à comprendre la nature addictive de l'amour, son caractère moteur, ainsi que plusieurs de ses particularités psychologiques, comportementales et neurobiologiques.

Parmi les qualités ou composantes de l'amour les plus connues, nous trouvons l'attachement, l'empathie, l'altruisme et la sexualité. L’amour comporte également des caractéristiques hormonales et génétiques, voire neurales. Pourtant, l'amour a été largement considéré par les scientifiques comme une émotion (processus axé sur l'événement), un sentiment, un état affectif. Enrique Burunat, chercheur du département de physiologie de l’université de psychologie de La Laguna, Espagne, est de ceux qui réfutent la classification de l’amour en tant qu’émotion, y voyant une mauvaise et funeste interprétation. Selon lui, cette erreur, consolidée et diffusée par la science, aurait plusieurs causes dont celles liées à l'influence la psychanalyse : la sous-estimation de la relation amour-sexualité, la reconnaissance de la supériorité de la volonté sur l'amour, l'éloge de l'engagement comme moyen de prolonger une relation conjugale une fois la passion consumée et la croyance que l'amour ne dure pas plus qu'il est nécessaire pour la protection de la descendance. Pour Burunat, ces fausses idées sur l'amour seraient extraordinairement graves et susceptibles de causer de grandes souffrances, voire dans certains cas la mort.

L'amour a été disséqué avec une précision chirurgicale par les scientifiques comme par les poètes, néanmoins le [...]

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