Osphères
FonctionnellePsycho

Sidération, dissociation et mémoire traumatique

Par Lisa Seltzer
Sidération, dissociation et mémoire traumatique

En France, chaque année, 120 000 viols sont commis.

On estime actuellement que 16% des femmes auront vécu un viol ou une tentative de viol dans leur vie, dont 60% de mineures contre 5% d'hommes dont plus de 70% de mineurs. 2/3 des victimes de viol ont moins de 18 ans et 45% ont moins de 9 ans.

Mécanismes psycho-traumatiques.

Connaître les mécanismes d'un psycho-traumatisme permet aux victimes de comprendre les symptômes qu'elles subissent, de les identifier et de reprogrammer leur système de pensée (sentiment de culpabilité, dévalorisation de soi etc.) Les troubles psycho-traumatiques ont été plus particulièrement associés depuis les années 1980 à l'état de stress post traumatique (ESPT) mentionné dans le DSM4(1). Aujourd'hui on ajoute à l'ESPT, l'état dissociatif. L'association Mémoire Traumatique et Victimologie dont la Dre Muriel Salmona, psychiatre décorée le 14 juillet dernier de la légion d'honneur est la fondatrice et la présidente, présente les mécanismes d'un psycho-traumatisme chez les victimes de violences sexuelles. En voici quelques points.

Les mécanismes psychiques en action. 

Les mécanismes psycho-traumatiques sont des mécanismes de défense neurobiologique et psychologique qui se mettent en place au moment du trauma. Ces mécanismes sont naturels, normaux  et ne sont pas liés à la victime elle-même, mais à la violence de l'acte et surtout, l'intentionnalité de l'agresseur. Pendant très longtemps, on a mis le focus sur la victime, pensant que les troubles développés étaient dus à une fragilité particulière et antérieure à l'agression, alors que c'est la violence de l'acte, l'agresseur et son mode opératoire qui ont un impact grave sur la victime.

La sidération psychique.

Habituellement, lorsqu'on est confronté à un stress, surviennent des réactions émotionnelles gérées par une petite structure du cerveau, l'amygdale cérébrale, qui produit des hormones de stress, l'adrénaline et le cortisol, permettant d'agir face à un danger. Ce mécanisme est automatique, immédiat. Dans un deuxième temps, le cortex cérébral analyse la situation, trouve des solutions. Cette analyse permet de moduler la réponse au stress. L'amygdale cérébrale fonctionne comme une alarme que le cortex (frontal particulièrement) va moduler, voire éteindre en fonction de l'analyse qu'il fait de la situation.

Mais dans le cadre de violences où le cerveau identifie une situation de danger vital, la victime n'a plus la possibilité de trouver des réponses immédiates, elle est dans une impasse, notamment au niveau du sens à donner à un évènement complètement anormal, effrayant, incompréhensible. Il s'agit d'une effraction psychique responsable d'une sidération psychique. Le cortex est paralysé (état visible sur les IRM), il ne répond plus et ne peut pas moduler la réponse émotionnelle. Quant à l'amygdale cérébrale, elle continue de produire de grandes quantités d'adrénaline et de cortisol destinées à préparer l'organisme à la "lutte", en améliorant la contractibilité du myocarde et en augmentant l'apport d'oxygène et de glucose dans le sang, [...]

Contenu réservé aux membres

Il vous reste environ 80% de l'article à découvrir