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Syphilis, le grand retour

Par Lisa Seltzer
Syphilis, le grand retour

Alors qu'en 1997 l'on pensait l'avoir éradiquée, la syphilis opère un retour en force. 

Un peu d'histoire.

12 octobre 1492, persuadé d'être en Inde, Christophe Colomb atteint Ayiti (Haïti). En 1493, l'un de ses compagnons, le capitaine Martin Alonzo Pinzon, contracte un mal mystérieux. Il sera le premier Européen victime de la syphilis, une maladie vénérienne transmise lors des rapports sexuels. Ce n'est qu'en 1504 qu'un médecin espagnol, Rodrigo Diaz de la Isla, la décrit correctement et situe son foyer de contagion dans l'île d'Hispaniola, abritant aujourd'hui Haïti et la République Dominicaine. Tout porte à croire alors qu'elle a été amenée en Europe par les marins de Colomb ayant eu contact avec les femmes Taïnos(1). Pourtant, quelques médecins contemporains affirmèrent que la maladie était déjà présente en Espagne avant le premier voyage de Colomb et que l'Europe avait connu la syphilis bien avant 1492. Deux thèses se disputèrent alors le débat entre ceux plaidant l'origine américaine et ceux défendant son antériorité en Europe. Peu à peu, c'est la thèse américaine, s'appuyant sur deux solides arguments historiques, qui prévalu comme théorie officielle. Le premier fait cas de l'explosion épidémique d'une maladie inconnue, décrite par les textes de la fin du XVème siècle et de la première moitié du XVIème siècle, et cataloguée sous des noms divers, dont celui de vérole. Le second se rapporte à la fréquence des lésions osseuses, apparemment syphilitiques, retrouvées dans nombre de squelettes d'Amérindiens datant des périodes précolombiennes(2). La syphilis a fait d'illustres victimes, François 1er, Baudelaire, Verlaine, Maupassant, Nietzsche, Schubert... Après avoir connu un pic de virulence au XVIIIIème siècle, la maladie disparu vers la fin du XXème siècle.

Étymologiquement parlant.

Le terme syphilis, a été introduit à la fin du XVème siècle par l'humaniste italien Fracastor, dont l'un des poèmes, Syphilis Sive Morbus Gallicus, décrit l'histoire d'un berger du Nouveau Monde atteint de la maladie. Le nom du berger serait inspiré de Sipylus, personnage du poème Métamorphoses écrit par Ovide au 1er siècle. La syphilis fut aussi appelée "mal vénérien" par Jean Fernel, médecin français du XVIème siècle, "mal d'Auvergne" par son confrère contemporain, Gaspard Torella. Lors de la conquête du Royaume de Naples, sous Charles VIII, elle fut nommée "mal de Naples" par les français et "Morbo gallico" (mal des français) par les Napolitains qui pensaient l'avoir contractée suite à cette invasion.

Le tréponème pâle, bactérie responsable de la maladie, fut d'abord combattu à l'aide de traitements à base de mercure, bien que leur efficacité n'ait jamais été démontrée. Une pommade constituée d'un mélange de mercure et d'axonge(3) fut régulièrement utilisée. Appliquée par friction sur l'ensemble du corps (excepté le visage et la poitrine), puis seulement sur certaines régions, notamment les extrémités abdominales, elle était censée guérir les malades. Une autre préparation au mercure, longtemps gardée secrète, le "sublimé corrosif", composé de muriate suroxygéné de mercure et de deutochlorure de mercure et se présentant sous forme de pilules et d'opiat(4), se prévalait des mêmes effets curatifs. Mais c'est seulement grâce à l'avènement pénicilline qu'un réel traitement verra le jour au début du XXème siècle.

Qu'est-ce que la syphilis ?

Jadis appelée "vérole" ou "grande vérole" (et non petite vérole, qui décrit la variole), la syphilis est une maladie sexuellement transmissible chronique très contagieuse aux stades primaire et secondaire, et causée par une bactérie, le Treponema pallidum, ou tréponème pâle. La syphilis, que l'on croyait éradiquée, fut retirée de la liste des maladies à déclaration obligatoire en 2000. C'est pourtant à partir de cette période qu'elle fit sa réapparition en Europe de l'Ouest, marquant en France une évolution constante, révélant entre 2000 et 2009 plus de 4 000 cas de syphilis précoce.

Le tréponème pâle est une bactérie de la famille des Spirochètes dont le seul hôte connu est l'homme. Elle prend la forme d'un serpentin pouvant mesurer de 8 à 15 micromètres de long pour 0,2 micromètres de diamètre. Cette configuration particulière lui permet de se déplacer par rotations autour de son axe central. Lorsqu'elle a investi son hôte, la Treponema pallidium se multiplie en une trentaine d'heures, se propageant dans le système sanguin et les tissus profonds (musculaires, osseux...), qu'elle "ronge" progressivement. 

Contamination 

Une contamination par contact direct et indirect.

La syphilis est une infection sexuellement transmissible. La contamination à tréponème pâle se fait donc principalement par voie vénérienne. Elle est dite directe lorsqu'elle se fait par le biais d'un baiser (échange de salive), d'un cunilingus, d'une fellation ou d'un anulingus. Elle est indirecte lorsque par exemple le sujet atteint a touché ses parties génitales avant de toucher celle d'un sujet sain, sans s'être préalablement lavé les mains. La maladie se transmet également par voie placentaire, pendant l'accouchement et par voie sanguine lors de l'utilisation de seringues infectées. La transmission suite à une transfusion est possible mais très marginale. 

Le risque de contagion est considéré [...]

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