Faut-il être pour ou contre la prostitution ?
Article revu et augmenté.

Règlementarisme, abolitionnisme, prohibitionnisme, existe-t-il une "voie du milieu" ?
Quand on est une femme ayant côtoyé le milieu prostitutionnel marseillais des années 80, une femme plutôt libérée sexuellement, à l’esprit ouvert (ou tout au moins qui s’y emploie), est-il possible d’avoir un avis tranché sur la question de la prostitution ? La réponse est oui, catégoriquement.
Les raisons de la prostitution se construiraient à partir de données sociologiques, anthropologiques, et même scientifiques. N’en demeure pas moins qu’en mon for intérieur, une voix s’élève spontanément et crie son indignation face aux multiples arguments, mythes et poncifs censés expliquer, justifier, légitimer l’exploitation sexuelle du corps des femmes, y-compris celui des femmes prostituées "par choix".
Prostituée, le "plus vieux métier du monde" ?
Certainement pas ! S’il faut remonter à l’Antiquité (Athène, VIe siècle avant J.-C si c’est assez "vieux" pour les propagateurs du mythe), alors on découvre sans surprise que les prostituées étaient des esclaves destinées à "protéger du désir des hommes (sic!), la vertu des femmes et des jeunes gens ayant le statut de citoyen." Prostituée n’était pas un métier, mais un statut inférieur, les prostituées étaient donc des citoyennes de seconde zone. Quant aux prostituées indépendantes de la Grèce antique, elles ne monnayaient leur corps que par nécessité économique (veuves pauvres, femmes seules et sans emploi...) Notons que le meurtre et le viol sont plus anciens encore, continuons donc à massacrer et à violer, puisque les pratiques sont ancestrales !
Une autre forme de prostitution avait certes une dimension sacrée, mais sans rapport avec ce que nous en connaissons aujourd’hui. Quoi qu’il en soit, ce n’était pas un "métier", aucune donnée historique ne fait d'ailleurs ouvertement référence à une rémunération par les fidèles. Mais toujours et dans tous les cas, c’est la domination masculine qui a fait des femmes des prostituées, une tendance qui ne fera que se maintenir et s’intensifier au fil du temps jusqu’à nos jours ! La prostitution n'est pas le plus vieux métier du monde, le proxénétisme et la traite d'êtres humains en revanche...
La prostitution, un métier comme un autre.
Oui, enfin, un métier comme un autre... pour les "autres". Pas ma fille, pas ma femme, pas ma mère ! Hypocrisie, déni. Imaginons un instant une jeune fille de 15 ou 16 ans en entretien avec un.e conseiller.ère d’orientation de son collège. "Moi Madame, Monsieur, je voudrais bien intégrer une filière prostitution… Quelles sont les perspectives d’avenir, de progression de carrière, quelle grille de salaires ?" On imagine les stages d'immersion, les contrats en alternance... Osez le Féminisme met en scène ce postulat grotesque.
Un métier comme un autre présente-t-il un taux de mortalité de 10 à 40 fois supérieur aux autres métiers ? Compte-t-il entre 60 et 80% de violences physiques et sexuelles régulièrement subies par ses "travailleurs.ses". Pour certaines, la prostitution est un choix, nous dit-on. Nous sommes bien d'accord, mais d'abord, il s'agit d'une minorité, ensuite, nous penchons-nous réellement sur les motivations qui ont abouti à ce choix ? Nécessité économique, comportements à risques accompagnés ou non de prise de drogue, conséquence d'un psychotraumatisme, sont bel et bien parmi les raisons difficilement quantifiables de certains "choix" de se prostituer. Oui, beaucoup de femmes sont tout à fait équilibrées psychologiquement, leur décision est éclairée par des motivations personnelles purement "festives". Elles revendiquent le droit de vivre leur sexualité librement, dispos [...]
