Osphères
SociétaleActu / Société

Le néocapitalisme, mai 68 : la corruption du désir et ses conséquences

L’idéologie du désir n’est pas à comprendre comme une libération, mais comme une perversion du désir. Il n’est pas question d’en explorer les potentialités émotionnelles par une subtile exploitation de la frustration, mais d’y répondre dans l’urgence, dans l’immédiateté.

Par Eric Royer
Le néocapitalisme, mai 68 : la corruption du désir et ses conséquences

L'idéologie du désir, le capitalisme de la jouissance

La recrudescence des agressions sexuelles, verbales ou physiques, ainsi que l’expansion de l’industrie porno-prostitutionnelle, sont deux phénomènes alimentés par la perversion du désir masculin. Généralement analysée comme une conséquence fâcheuse de la libération sexuelle, c'est en réalité dans la mutation du capitalisme et l’avènement, comme l'a conceptualisé Michel Clouscard, de l’idéologie du désir, du capitalisme de la jouissance, qu'il faut en chercher les causes.

L'émergence du néocapitalisme

Du 19ème siècle à la crise de 29

Dès la fin du 18ème siècle, le capitalisme prospère essentiellement sur la métamorphose des sociétés occidentales, métamorphose portée par l’innovation technologique, la mécanisation, l’industrialisation, la volonté politique de moderniser les infrastructures et de façon plus marginale par l’essor d’une bourgeoisie consommatrice de biens d’équipement, de biens de confort, désireuse d’afficher ostensiblement un niveau de vie synonyme de réussite sociale. De leur côté, paysans et ouvriers consomment dans le registre de l'utilitaire, du strict nécessaire. La dépense frivole qui ne leur est pas financièrement accessible est par ailleurs stigmatisée au nom de la morale chrétienne, de la condamnation de la jouissance, dont le capitalisme pense avoir besoin pour contrôler les masses laborieuses, les maintenir dans un état d’aliénation propre à assurer leur exploitation.

Toutefois dès les années 20 les capitalistes américains comprennent que l’intégration de la population laborieuse à l'"Américain way of life", jusque-là privilège de la classe bourgeoise et petit-bourgeoise, est indispensable pour assurer la croissance des profits. L’idéologie capitaliste opère sa mutation néocapitaliste et organise sa propagande autour d’une id [...]

Inscrivez-vous gratuitement pour lire la suite

Il vous reste environ 80% de l'article à découvrir