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Sexsomnie et agressions sexuelles nocturnes

La mise en évidence de cette variante du somnambulisme aura eu une conséquence pour le moins inattendue : rendre confuse la notion d’agression sexuelle durant le sommeil et ouvrir une opportunité de défense pour les accusés.

Par Eric Royer
Sexsomnie et agressions sexuelles nocturnes

La sexsomnie, un somnambulisme sexuel.

Si les rêves érotiques sont l’une des plus courantes expressions de l’activité érotique nocturne, ils ne doivent cependant pas être confondus avec d’autres comportements à caractère sexuel, susceptibles de hanter nos nuits et regroupés sous les termes de sexsomnie, parasomnie sexuelle ou somnambulisme sexuel. Cette sexualité d'automate nocturne peut parcourir une palette de manifestations variées : vocalises de la jouissance, langage obscène, mouvements pelviens, masturbation, attouchements, pratiques orales et coïts. Introduite dans les classifications médicales depuis une décennie, la sexsomnie est un dérivé du somnambulisme. On estime que 10% des personnes souffrant d’une altération de l’architecture du sommeil ont connu ou connaîtront au moins un épisode de parasomnie sexuelle. Si les femmes ne sont pas épargnées, ce sont surtout les hommes qui sont touchés par le phénomène. Hors de contrôle, ces activités sexuelles nocturnes ne laissent que de rares empreintes mnésiques et au réveil les sexsomniaques peuvent avoir tout oublié. Généralement bénignes, elles peuvent néanmoins revêtir des formes plus graves aux conséquences psychologiques, sociales et juridiques dramatiques.

Selon les spécialistes des questions du sommeil, la sexsomnie est définie comme un trouble de l’éveil en sommeil non paradoxal (DSM-5) ou un trouble du réveil en sommeil lent profond (CITS-3). Rappelons que contrairement à ce qui fut longtemps admis, le sommeil est un phénomène actif comprenant plusieurs cycles, eux-mêmes divisés en deux principales phases : le sommeil lent ou sommeil NREM  (Non Rapid Eye Movement) et le sommeil paradoxal ou sommeil REM (Rapid Eye Movement). Le sommeil lent au stade 1 correspond à l’endormissement. La respiration ralentit, les muscles se relâchent et la conscience du monde extérieur diminue. Au stade 2, sommeil lent léger, les activités oculaires et musculaires se réduisent, la conscience de l’environnement s’amenuise un peu plus, mais à ce stade on peut encore facilement être réveillé.e. Durant le sommeil lent profond, stade 3, le monde extérieur s’efface, l’activité cérébral s'amoindrit et il est difficile d'être sorti.e des bras de Morphée. Le sommeil paradoxal, qui suit toujours une phase de sommeil NREM, est marqué par une activité cérébrale très intense, des mouvements oculaires rapides et incessants, une paralysie due à l’atonie musculaire, des congestions réflexes des organes reproducteurs et la présence des rêves  les plus élaborés. Si les principales expressions du somnambulisme sexuel surviennent durant les phases de sommeil lent, les troubles du sommeil paradoxal, qui autorisent la persistance du tonus musculaire, sont parfois à l’origine de comportements sexualisés comme la catathrénie une parasomnie se caractérisant par l’émission de sons et vocalises, s’apparentant à des grognements, gémissements et petits soupirs sexuels. 

La personne sujette à la parasomnie sexuelle ne le découvre en général que par l’intermédiaire d’un tiers qui a soit assisté à une scène de vocalises sexuelles ou de masturbation, soit été la cible [...]

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